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Bruno
Lopes, c'est le petit-fils de la France ouvrière et de l'immigration
portugaise. Son grand-père maternel, breton, est venu s'installer avant
guerre à Saint-Denis pour devenir releveur de compteurs pour EDF. Son
grand-père paternel, portugais, arrive dans les années 30 à La
Plaine-Saint-Denis, après être passé par les Landes. Son père, né en
France, devient menuisier mais travaillera toute sa vie dans le
bâtiment.
Tagueur et danseur la nuit, il
commence
par suivre son père, le jour, sur les chantiers puis entre au Crédit
Lyonnais pour 4 200 francs par mois. Cependant, Kool Shen n'a pas
toujours été très sage. Des coups de tête, il en a donné
aussi. A un ingénieur du son en 1999, frasque pour laquelle il a été
condamné à 4 900 euros de dommages et intérêts. Il a dû payer le double
pour des insultes à des fonctionnaires de police après une nuit
d'ivresse : "Quand la juge m'a répété ce que j'avais dit, j'ai baissé
les yeux tellement j'avais honte, raconte-t-il. Quand c'est moi qui
fais des conneries, les journalistes ne sont jamais là. ,
il passe
un scanner à l'hôpital, il est à la une des journaux."
Kool
Shen a un frère, Gilles Lopes. Plus jeunes, eux deux rêvaient de
carrière footballistique. Le premier deviendra conseiller en
patrimoine, comme sa mère, retraitée d'une société de placement
financier. Le second, lui, fera rappeur alors qu'il était le plus doué
des deux, balle au pied. "Pour mon père, ça a été plus dur que j'arrête
le foot que les études", se rappelle Kool Shen, un bac G2 en poche.
Plus matheux que littéraire, l'école ne l'intéressait pas: "Je ne
comprenais pas les questions en philo, du style:"Est-ce que c'est
possible de démontrer la vérité ?" J'étais stupide, fermé, hermétique,
c'était une véritable aversion." C'est la passion du rap qui l'amène à
écrire.
Sa plume a
contribué à faire
de
un
duo détonnant, contrastant avec l'énergie plus brute de son acolyte
.
Mélancolique, lyrique, sensible et poétique, résolument
engagé dans ses textes, il est aussi une référence en matière de flow
Hip-Hop en langue française, hypnotisant, rapide, technique, funky
("L'argent pourrit les gens", "1993... J'appuie sur la gâchette", "Dans
le
vent", "Police", "Come again", "That's my people", "Odeurs de soufre",
"Laisse
pas traîner ton fils"...).
Après avoir soutenu
la
marque Com8 de son ex-complice de , ,
il
lance sa propre
marque de street-wear : 2High. Depuis, il porte
les couleurs de Wicked One,
nouvelle marque de street wear lancée
par une bande d'autodidactes passionnés, les mêmes qui travaillaient
sur 2High.
Il sort au printemps 2004 (19 avril
2004) un album solo intitulé Dernier Round (Meilleure vente Rap 2004 en
France), son premier et dernier album avant de mettre un terme à sa
carrière en tant que rappeur. Sur cet album, Kool Shen rend hommage à
Virginie Sullé, alias Lady V (qui a été sa femme durant 10 ans) dans le
titre "Un ange dans le ciel". Il rencontre un vif succès grâce à ce
hit, qui fut beaucoup diffusé en radio.
Suite à
la
mort de Lady V, Kool Shen devient croyant. Ses deux parents,
pourtant d'origines bretonne et portugaise, ne croyaient pas en Dieu :
"J'ai commencé à me poser des questions sur les destins",
explique-t-il. Le 3 septembre 2000, la mort brutale de son ex-petite
amie, Lady V, avec qui il avait partagé douze ans de sa vie, le
conforte dans ses doutes : "Avant, pour moi, après la mort, c'était le
néant : "Je meurs, je vais au cimetière et je me fais bouffer par les
vers." Et puis j'ai commencé par me dire : "Ce n'est pas possible, on
ne vit pas tout ça pour cette fin-là."" Sa nouvelle foi l'aide à vivre,
dit-il, mais pas question de rédemption, de se transformer en pèlerin
ou en saint. Il ne croit pas au paradis ni à l'enfer, plutôt à l'île
aux Enfants : "Je pense que c'est comme à l'Ecole des fans de Jacques
Martin. A la fin, tout le monde a la même note, même quand on a mal
chanté."
Kool Shen a quitté sa banlieue rouge de
Saint-Denis où il habitait depuis trente-sept ans pour un quartier plus
résidentiel à Colombes. Il s'est installé avec sa "nouvelle petite
femme et leur fils". Et même si son entourage le décrit toujours comme
têtu, bosseur, perfectionniste, tous reconnaissent qu'il a changé. "Il
est plus famille", dit sa mère. Son frère, Gilles, et son ancien
manager et ami, Sébastien Farran, ont été surpris de sa réaction à la
mort de Lady V : "Je n'avais jamais vu mon frère dans cet état",
affirme le premier. "Il donnait toujours l'impression de pouvoir tout
gérer, raconte le second. Là, j'ai vu le roc s'effondrer." Même Kool
Shen reconnaît avoir vieilli. Il prétend être "plus ouvert" aux autres,
capable d'accepter les critiques : "Aujourd'hui, j'ai plus de distance.
Avant, il ne fallait surtout pas me croiser les jours qui suivaient la
parution d'une mauvaise chronique." Le consensus autour de son premier
album lui semble quand même un peu mou : "Je n'ai lu qu'une seule
critique négative qui disait que je n'avais pas pris beaucoup de
risques et qu'il y avait des redites. Ce n'est pas forcément faux." En
1990, il écrivait : "Quelle chance d'habiter en France, dommage que
tant de gens fassent preuve d'incompétence." Aujourd'hui, il réitère :
"Une banlieue qui meurt, on s'en fout du moment que ça pue de loin." Sa
conscience politique, "à gauche", est souvent plus proche de la
conversation de comptoir, dénonçant "la modernisation à outrance", les
filles qui ressemblent aux garçons, les riches contre les pauvres. Mais
la force de son album réside surtout dans l'exposition de sa propre
souffrance, avec cette chanson sur la mort de son amour de jeunesse, Un
ange dans le ciel. "Quand on travaillait sur les albums de ,
raconte
Christophe Lameignere, il m'avait dit : "Le jour où j'écrirai une
chanson d'amour, c'est que j'aurai grandi.""
Avant
de
tirer sa révérence, la face sombre de , comme il se définit
lui
même, sort un mini-album avec un morceau en featuring avec Rohff et
Dadoo, L'avenir est à nous. Puis, Kool Shen préfère se consacrer
entièrement à son label, IV My People en tant que producteur, label qui
a déjà vu naître des artistes comme Busta Flex, Serum, les premiers
solos d'artistes confirmés (Zoxea), ou encore l'américaine Toy et
dernièrement, les Spécialistes et Salif.
Il
donne le 22
avril 2005 un concert d'adieu au Zénith de Paris.
Parallèlement,
il continue cependant de signer des featurings sur les albums d'autres
rappeurs.
Après la sortie de la compilation IV
My People Mission, le label IV My People et sa marque Street Wear
"2High" déposent le bilan et le collectif éclate. Il arrivera quand
même
à faire signer Salif, Jeff Le Nerf et lui-même chez AZ, le label de
Zeitoun qui verra naître un nouvel opus de Kool Shen en
novembre 2008.
Pour ce qui est des autres,
Serum, Toy, rien n'est précisié,
probablement en indépendant.
Conjointement avec
son ancien complice , il
vient annoncer officiellement le 13
mars 2008 sur le plateau du Grand Journal de Michel Denisot sur Canal+
la
reformation du groupe , figure de
proue du Rap Français des
années 90 dissoute en 1998; réunion qui se matérialise par une série de
concerts qui se tiendront au Palais omnisports de Paris-Bercy les 18,
19, et 20, 22 et 23 septembre 2008.
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